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Situation critique : développements récents en politique canadienne sur les minéraux critiques

Série Perspectives 2026 sur les différends dans le secteur minier

11 juin 2026Publication

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Points clés à retenir

  • Les projets canadiens relatifs aux minéraux critiques font de plus en plus partie du discours international sur le renforcement des chaînes d’approvisionnement, la réduction des dépendances et la garantie d’un accès aux ressources pour l’énergie propre, la fabrication de pointe et la défense.
  • Les gouvernements fédéral et provinciaux nouent des alliances stratégiques nationales et internationales afin de soutenir la croissance des projets canadiens relatifs aux minéraux critiques.
  • Les gouvernements fédéral et provinciaux travaillent également à accélérer l’approbation des projets grâce à des investissements ciblés, à des réformes législatives et à des processus simplifiés de type « guichet unique » et service de concierge.

En quoi c’est important

Le paysage géopolitique et réglementaire actuel signale un environnement propice à l’avancement des projets canadiens relatifs aux minéraux critiques. Cependant, comme pour toute politique et tout cadre de réglementation en évolution, les promoteurs peuvent s’attendre à un certain degré d’incertitude. La coordination avec les soutiens gouvernementaux nouvellement établis de type « service de concierge » pourrait être cruciale pour le succès des projets.

Introduction

Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes et de besoin d’accès fiable aux minéraux critiques utilisés dans les énergies propres, la fabrication de pointe et les applications de défense, les projets canadiens relatifs aux minéraux critiques revêtent une importance d’envergure internationale. À la clôture de la réunion des ministres de l’Énergie et de l’Environnement du G7 en octobre 2025, le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles du Canada, Tim Hodgson, a annoncé une première série de projets et de mesures stratégiques dans le cadre de l’Alliance sur la production de minéraux critiques (comprenant 26 nouveaux investissements) visant à accélérer l’aménagement de chaînes d’approvisionnement sûres en minéraux critiques. En mars 2026, 30 autres investissements dans le cadre de l’Alliance sur la production de minéraux critiques ont été annoncés. Le Canada cherche à accroître les investissements dans les projets canadiens relatifs aux minéraux critiques par l’entremise de ces initiatives internationales, parallèlement à des initiatives nationales visant à soutenir la production de minéraux critiques.

Cet article offre un aperçu de la politique fédérale sur les minéraux critiques et des développements récents en Colombie-Britannique, en Ontario et au Québec.

Qu'est-ce qu'un minéral critique?

Les listes de minéraux critiques sont élaborées pour orienter les investissements et établir les priorités dans les prises de décisions y relatives afin de soutenir les chaînes d'approvisionnement. Ces listes évoluent donc avec le temps en fonction de l'offre et de la demande, des changements technologiques et d'autres critères.

Pour être considéré comme un minéral critique au Canada, un minéral doit satisfaire aux deux critères suivants :

  • la chaîne d’approvisionnement de ce minéral est menacée;
  • il y a une chance raisonnable que le minéral soit produit par le Canada.

Le minéral doit également remplir l’un des critères suivants :

  • être essentiel à la sécurité économique ou nationale du Canada;
  • être requis pour la transition nationale vers une économie durable, à faible émission de carbone et numérique;
  • positionner le Canada comme un partenaire durable et stratégique au sein des chaînes d'approvisionnement mondiales.

Les minéraux critiques couramment reconnus comprennent le lithium, le nickel, le cobalt, le graphite et le zinc. La liste des minéraux critiques du Canada, qui contient actuellement 34 minéraux et métaux, peut être consultée ici.

Colombie-Britannique

Les projets miniers en Colombie-Britannique contribuent à hauteur de 11,2 G$ au PIB provincial et emploient plus de 40 000 travailleurs (en date de janvier 2025). La C.-B. a récemment indiqué que 22 des 34 minéraux critiques du Canada sont produits, ou seront fort probablement produits, en C.-B., cette province produisant plus de cuivre que toute autre province. La C.-B. estime que les projets relatifs aux minéraux critiques pourraient représenter « [traduction] [A1] une opportunité pouvant atteindre 44 G$ » d’ici 2040. La C.-B. a lancé la Phase 1 de sa stratégie sur les minéraux critiques, Critical Minerals Strategy, en 2024.

En janvier 2024, la C.-B. a créé un bureau des minéraux critiques, le Critical Minerals Office.[A2]  Ce Bureau soutient les projets relatifs aux minéraux critiques en collaborant avec l’industrie, les parties prenantes et les Premières Nations afin de promouvoir l’exploration minérale et de surmonter les obstacles pour les projets prioritaires. Le Bureau se décrit comme un « [traduction] service de concierge » (concierge service) tout au long de la réalisation du projet.

Le 29 mai 2025, la loi intitulée Infrastructure Projects Act a reçu la sanction royale en C.-B. Cette législation offre un moyen de simplifier les processus réglementaires pour les infrastructures provinciales et d’autres projets clés d’importance pour la province.

Le 25 janvier 2026, la C.-B., l’Alberta, la Saskatchewan, le Manitoba, le Yukon, les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut ont signé un protocole d’entente qui établit un cadre de coopération en vue d’une stratégie de l’Ouest canadien sur les minéraux, la Western Canadian Critical Minerals Strategy. La publication de la stratégie définitive est prévue pour juin 2026, soit au moment de la Conférence des ministres de l’Énergie et des Mines.

En février 2026, la C.-B. a nommé trois projets qui seront joints au projet Baptiste Nickel de FPX Nickel Corp. pour une collaboration avec le Critical Minerals Office afin d’accélérer leurs processus de délivrance de permis respectifs :

  • Projet North Island de NorthIsle Copper and Gold
  • Projet Berg de Surge Copper Corp.                                                    
  • Projet Wicheeda de Defense Metals Corp. 

Ontario

L’industrie minière de l’Ontario contribue environ 14,4 G$ au PIB de la province chaque année, soutenant directement et indirectement 74 000 emplois.

L’Ontario, qui produit des quantités importantes de cobalt et de nickel, a indiqué que le Cercle de feu offrait « le plus grand potentiel de minéraux critiques » dans la province, soulignant les vastes réserves de chromite, de cuivre, de nickel, de platine et de titane que cette région recèle.

En 2022, l’Ontario a lancé une stratégie quinquennale appelée Stratégie relative aux minéraux critiques, dans le cadre de laquelle la province s’engageait à investir 24 M$ dans le Programme ontarien d’aide aux petites sociétés d’exploration minière (dont 12 M$ pour un volet de financement axé sur les minéraux critiques), ainsi qu’un investissement supplémentaire de 5 M$ sur deux ans dans le Fonds pour l’innovation relative aux minéraux critiques. Dans son budget de 2026, l’Ontario s’est engagée à investir 30 M$ supplémentaires dans le Programme ontarien d’aide aux petites sociétés d’exploration minière sur trois ans dès 2026-2027.

En mars 2026, l’Ontario a annoncé qu’elle mettait à jour sa stratégie Renforcer l’économie de l’Ontario : Un plan pour accélérer le développement responsable des ressources, sollicitant les commentaires de l’industrie, des communautés autochtones et du public. L’Ontario a également annoncé qu’elle mettait à jour les critères de sa Liste des minéraux critiques, indiquant l’ajout du fer et de l’aluminium de haute pureté.

À la suite de l’adoption de la Loi de 2025 pour protéger l’Ontario en libérant son économie, qui a introduit des mesures ciblées pour accélérer le processus d’autorisation pour les projets miniers, l’Ontario a lancé son cadre stratégique « Un projet, un processus ». Ce processus vise à simplifier et à accélérer la désignation des projets de développement minier grâce à une équipe chargée de la délivrance des autorisations et permis miniers, qui sert de point de contact principal pour les approbations provinciales. Par cette initiative, l’Ontario cherche à réduire les délais d’examen gouvernementaux de 50 %. Depuis octobre, trois projets ont été acceptés dans le cadre stratégique :

  • Projet de lithium PAK de Frontier Lithium
  • Projet nickélifère Crawford de Canada Nickel Company
  • Projet Great Bear de Kinross Gold

En décembre 2025, l’Ontario a lancé son Fonds pour le traitement des minéraux critiques de 50 M$, qui vise à accélérer la capacité de traitement des minéraux critiques de l’Ontario et à renforcer les chaînes d’approvisionnement nationales. 

Québec

Québec est le plus grand producteur de lithium et de fer de haute pureté au Canada, et abrite des gisements d’autres minéraux critiques tels que le cuivre, le graphite, le niobium, le zinc, le cobalt, le nickel et le titane. Québec indique que ses mines émettent moins de gaz à effet de serre qu’ailleurs dans le monde et sont alimentées à 99 % par de l’énergie hydroélectrique renouvelable.

En 2025, le Québec a lancé sa Stratégie minière 2025-2031, qui a pour objectif de « consolid[er] le rôle d’acteur incontournable du Québec en matière d’exploration, de production, de transformation et de recyclage de minéraux critiques et stratégiques ». Le Québec a défini quatre priorités pour consolider sa position stratégique à l’égard des minéraux critiques :

  • améliorer l’environnement d’affaires ainsi que l’environnement légal et réglementaire, et accélérer les projets;
  • développer l’ensemble de la chaîne de valeur des minéraux critiques et stratégiques (en mettant l’accent sur les principes de l’économie circulaire);
  • planifier et développer les infrastructures et les corridors logistiques stratégiques;
  • mobiliser les partenaires pour faire avancer les projets (y compris les communautés autochtones et locales).

La stratégie est soutenue par un budget de 88,1 M$ pour 2025-2031, bien que le Québec estime que d’autres leviers financiers gouvernementaux soutenant l’objectif totalisent plus de 3 G$. De plus, dans le Budget 2026-2027, le Québec a annoncé l’attribution de 1 G$ supplémentaire pour le « Fonds pour les minéraux critiques et stratégiques » afin de « faire du Québec un chef de file dans la production et la transformation des minéraux critiques et stratégiques ».

Les législateurs du Québec travaillent à l’adoption du projet de loi n5, Loi visant à accélérer l’octroi des autorisations requises pour la réalisation des projets prioritaires et d’envergure nationale, qui permettrait à la province de désigner et de prioriser les projets d’envergure nationale en centralisant le processus d’autorisation en un seul guichet. Au 25 mai 2026, le projet de loi en est toujours à l’étape du comité.

Parallèlement, le Québec a également conclu des accords de collaboration concernant les minéraux critiques avec le Royaume-Uni (en décembre 2025) et l’Allemagne (en mars 2026).

Développements du côté fédéral

Les initiatives fédérales soulignent l’importance des processus d’autorisation simplifiés, de la coordination internationale, de l’investissement dans les infrastructures ainsi que des partenariats avec les Autochtones comme des éléments clés susceptibles de libérer le potentiel des minéraux critiques du Canada.

En 2022, la Stratégie canadienne sur les minéraux critiques a été publiée, soutenue par près de 4 G$ sur huit ans pour ses diverses initiatives. Parmi d’autres éléments, le Canada a alloué 1,5 G$ pour le développement d’infrastructures pour les chaînes d’approvisionnement en minéraux critiques et 61,5 M$ pour appuyer l’examen réglementaire et l’octroi de permis dans le Nord pour les projets relatifs aux minéraux critiques, et aider les promoteurs de projets à naviguer dans les processus de réglementation fédéraux.

Pour mieux soutenir les promoteurs dans l’obtention des approbations réglementaires, le Canada a adopté en 2025 la Loi visant à bâtir le Canada, qui établit un nouveau processus simplifié de surveillance du gouvernement fédéral pour les projets considérés comme étant dans l’intérêt national. Par la suite, le Canada a lancé le Bureau des grands projets (BGP), qui a pour mandat de « servir de point de contact unique afin d’accélérer la réalisation des projets d’intérêt national » en contribuant « à simplifier et à accélérer les processus d’approbation réglementaire » et à « structurer et à coordonner le financement de ces projets selon les besoins ».

À ce jour, cinq projets relatifs aux minéraux critiques ont été soumis au BGP, notamment :

  • Projet de mine de cuivre de Foran à McIlvenna Bay (SK)
  • Expansion de la mine Red Chris de Newmont et Imperial Metals (C.-B.)
  • Projet nickélifère Crawford de la société Canada Nickel (ON)
  • Mine Matawinie de Nouveau Monde Graphite (QC)
  • Projet minier Sisson de Northcliff Resources (NB)

Le Canada a également lancé un Navigateur de permis miniers, un outil en ligne fournissant aux promoteurs une feuille de route des approbations fédérales.

En février 2026, le Canada a publié une mise à jour sur les progrès réalisés dans le cadre de la stratégie, qui met en lumière les faits suivants :

  • Environ la moitié des 140 projets miniers proposés pour 2024-2034 viseront le traitement ou l’extraction de minéraux critiques, ce qui représente un investissement potentiel de 72,4 G$.
  • La production nationale de neuf minéraux critiques (aluminium, graphite, lithium, magnésium, molybdène, niobium, platine, scandium et uranium) a augmenté de plus de 10 %.
  • 14 projets relatifs aux minéraux critiques ont progressé dans le cadre du processus fédéral d’évaluation d’impact.
  • Des efforts stratégiques ont été déployés pour établir des partenariats avec les groupes autochtones, les intervenants nationaux et les alliés internationaux afin de promouvoir la production nationale de minéraux critiques, notamment au moyen des Subventions aux Autochtones du Fonds pour l’infrastructure des minéraux critiques, du programme des Partenariats pour les ressources naturelles autochtones et de l’Initiative de réglementation dans le Nord.
  • Principales mesures d’investissement à venir, notamment :
  • le Fonds souverain pour les minéraux critiques (investit 2 G$ sur cinq ans dans des projets relatifs aux minéraux critiques);
  • le Fonds du premier et du dernier kilomètre (engage 1,5 G$ de 2026 à 2030 pour des projets stratégiques dans les secteurs minier et des infrastructures);
  • 443 M$ sur cinq ans pour la Stratégie industrielle de défense (afin d’élaborer, en collaboration avec Innovation, Sciences et Développement économique Canada, des technologies de traitement des minéraux critiques et de renforcer les mécanismes de stockage des minéraux critiques).

Conclusion

Ensemble, ces initiatives suggèrent que les projets canadiens relatifs aux minéraux critiques pourraient connaître un environnement d’investissement et d’approbations plus favorable. Cependant, les promoteurs de projets doivent rester réalistes quant à ce que ces réformes changent, et ne changent pas. La plupart d’entre elles visent à simplifier la coordination et à réduire les délais, et non à supprimer les obligations importantes en matière d’évaluation environnementale, de consultation ou de délivrance de permis et d’autorisations. La mobilisation des communautés, notamment autochtones, restera essentielle pour les échéanciers et les résultats des projets. L’opportunité est donc bien réelle, tout comme le besoin d’une planification minutieuse, d’un engagement crédible et d’une exécution rigoureuse dans un paysage réglementaire en constante évolution.

Si vous avez des questions sur la manière dont l’évolution des politiques relatives aux minéraux critiques peut toucher les approbations de projets et les processus réglementaires, notre Groupe mondial Métaux et Mines se fera un plaisir de discuter de ces développements et de leurs conséquences sur vos activités.


Notre série Perspectives sur les différends dans le secteur minier met en lumière des décisions judiciaires récentes, des développements juridiques et des changements de politiques qui influencent la mobilisation des capitaux, la structuration des transactions et la façon dont les projets sont menés et défendus lorsqu’ils font l’objet de contestations. Chacun des huit articles présente une analyse ciblée d’un enjeu précis ou d’un développement récent, en mettant l’accent sur les conséquences pratiques pour les sociétés minières, les investisseurs et les autres participants du marché. Tout au long de la série, nous abordons des questions qui concernent autant les équipes opérationnelles que les équipes responsables des transactions.

Pour en savoir plus sur les développements touchant le secteur minier et sur la manière de relever les défis et de saisir les occasions qui se présentent, consultez notre blogue Perspectives minières.

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